Kongo Central : 834 détenus dans une prison prévue pour 150

La prison centrale de Matadi, dans le Kongo Central, accueille 834 détenus alors qu’elle a été conçue pour 150 personnes, selon les informations communiquées par la Cellule de communication du ministère de la Justice à l’issue de la tournée du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, dans plusieurs établissements pénitentiaires de la province.
De Madimba à Matadi, en passant par Inkisi, Mbanza-Ngungu, Muanda et Boma, le ministre a rencontré des détenus et les responsables des services judiciaires et pénitentiaires pour évaluer leurs conditions de détention.
À Matadi, les 834 détenus comprennent 498 prévenus, 306 condamnés et une trentaine de mineurs, selon l’administration pénitentiaire citée par la Cellule de communication.

Dans une pièce d’environ huit mètres carrés, plus de 130 détenus passent la nuit. Plusieurs ont expliqué au ministre que le manque d’espace les oblige à dormir accroupis ou serrés les uns contre les autres, une situation qu’ils désignent comme le « phénomène casier ».
Certains lui ont montré leurs pieds gonflés, qu’ils attribuent à ces conditions de couchage. La délégation a également constaté des infiltrations d’eaux usées à proximité d’un dortoir.
Dans le quartier des femmes, des détenues ont signalé le manque de couchettes et de matelas. Des prisonniers ont par ailleurs affirmé que des paiements seraient réclamés à leurs proches lors des visites, des allégations qui doivent encore être vérifiées.
427 détenus dans une ancienne maternité
À Mbanza-Ngungu, Guillaume Ngefa a rencontré plusieurs centaines de détenus dans une prison aménagée dans une ancienne maternité. Prévue pour 150 personnes, elle en accueille 427, dont 191 prévenus et 236 condamnés, selon la Cellule de communication du ministère de la Justice.
Prévenus et condamnés y cohabitent, tandis que les mineurs ne disposent pas d’un quartier adapté. Plusieurs détenus dorment également à même le sol.
« Je suis venu vous rencontrer parce que vous êtes des concitoyens. Vous êtes en conflit avec la loi, mais nous avons la responsabilité de vous protéger et de nous assurer que vous êtes détenus dans des conditions acceptables et prévues par la loi », leur a déclaré le ministre.
Certains détenus ont contesté leur condamnation ou la durée de leur détention. L’un d’eux a affirmé avoir purgé une peine de 20 mois et être resté incarcéré au-delà de cette durée.

Guillaume Ngefa a indiqué que ces situations devront être vérifiées par les services judiciaires compétents, sans préjuger des décisions rendues.
Des mineurs dans des espaces inadaptés
La présence de mineurs parmi les détenus a particulièrement retenu l’attention du Garde des Sceaux. À Matadi, certains adolescents rencontrés ont déclaré avoir 13 ans. L’un d’eux affirme être détenu depuis deux mois pour le vol présumé de 30 000 francs congolais.
Une jeune fille mineure a également été rencontrée.
À Muanda, la visite du parquet près le Tribunal de paix a mis en évidence l’absence d’espace approprié pour les enfants en conflit avec la loi.
À Inkisi, le ministre a trouvé des détenus assis à même le sol dans une cellule exiguë. Le procureur de la République a plaidé pour la construction d’une prison adaptée, la maison d’arrêt actuelle ne disposant notamment ni de clôture ni d’infirmerie.

Alimentation et soins sous pression
À Mbanza-Ngungu, le ministre a inspecté le dépôt de vivres, la cuisine et l’infirmerie. Selon les responsables, les détenus reçoivent un repas par jour.
L’infirmerie dispose de peu de médicaments et des cas de tuberculose et de choléra ont été signalés. Des retards dans le versement des subventions destinées notamment à l’alimentation ont également été rapportés.
Le ministre a dénoncé les pratiques dites d’« opérations retour », qu’il présente comme des prélèvements indus sur les ressources destinées aux prisons.
Il a annoncé une révision du circuit de décaissement afin que les fonds destinés aux établissements pénitentiaires atteignent effectivement leur destination.
Une piste pour désengorger les prisons
À Boma, Guillaume Ngefa a visité l’ancien fort militaire de Shinkakasa. Sa réhabilitation aux normes pénitentiaires modernes pourrait être étudiée pour contribuer au désengorgement des établissements de la province.
De Matadi à Boma, la tournée a ainsi mis en évidence des établissements largement au-delà de leur capacité, des catégories de détenus qui cohabitent, des mineurs maintenus dans des espaces inadaptés et des besoins importants en alimentation et en soins.
Pour le Garde des Sceaux, ces réalités doivent désormais être confrontées aux données administratives afin d’orienter les mesures à prendre. Derrière les chiffres de la surpopulation carcérale, la visite a surtout mis en lumière les conditions concrètes dans lesquelles des personnes privées de liberté vivent au quotidien.
« La privation de liberté ne saurait être une privation de dignité », a rappelé Guillaume Ngefa.
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