RDC : les jeunes appelés à faire de la non-violence un levier d’action citoyenne

À Kinshasa, l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO) veut voir les jeunes et les mouvements citoyens passer d’une mobilisation parfois spontanée à une action plus structurée, documentée et ouverte au dialogue. Au terme de cinq mois de projet, l’organisation insiste sur la non-violence comme moyen de défendre les revendications sans renoncer à la fermeté.
Le bilan du projet « Engager les jeunes dans la promotion et la protection de l’espace civique en RDC » a été présenté ce mardi 30 septembre. Patrick Nsasa, chargé de la Direction du suivi des activités des institutions publiques de l’ASADHO, l’a exposé aux côtés de Blanchard Buka, représentant des mouvements citoyens dans le cadre du projet.
Changer les méthodes, pas les revendications
Dans l’espace public congolais, les mouvements citoyens sont souvent associés à la contestation et parfois réduits à l’image de « fauteurs de trouble ». Une perception que l’ASADHO n’ignore pas.
Mais pour l’organisation, le problème ne se situe pas dans la légitimité des revendications des jeunes. Il se pose davantage dans les méthodes utilisées pour les porter et dans la capacité des mouvements à transformer leurs constats en résultats concrets.
C’est dans cette perspective que le projet a misé sur le leadership éthique, la résistance non violente, le dialogue, la mobilisation organisée, l’éducation aux médias, la connaissance du Code numérique ainsi que la construction d’alliances.
L’objectif était de permettre aux jeunes de rester fermes sur leurs demandes, tout en privilégiant la documentation des faits et les mécanismes institutionnels. L’ASADHO estime qu’une mobilisation structurée peut aider les mouvements à se faire entendre sans alimenter les tensions.
Les 20 et 21 juillet derniers, des jeunes activistes ont notamment été formés sur la non-violence, le dialogue et les alliances. Selon l’organisation, plusieurs d’entre eux connaissent déjà ces méthodes et les utilisent dans certaines circonstances. Mais elles ne sont pas encore suffisamment intégrées dans leurs stratégies d’action. Le projet a donc voulu faire de la non-violence non pas un discours de circonstance, mais un outil d’efficacité démocratique.
Les femmes veulent aussi leur place
L’espace civique ne se limite pas aux manifestations, aux campagnes en ligne ou aux prises de parole publiques. Il pose également la question de savoir qui participe, qui décide et qui est écouté.
Lors du Forum estudiantin organisé en septembre, les jeunes femmes ont relevé plusieurs obstacles à leur engagement citoyen. Elles ont évoqué les normes familiales et socioculturelles, l’autocensure, le manque de confiance en soi, les discriminations, les violences ainsi que le regard souvent critique porté sur les femmes actives dans la société.
Pour elles, prendre part aux initiatives citoyennes ne suffit pas. Encore faut-il avoir accès aux responsabilités, aux réseaux et aux espaces de décision.
Le mentorat, le réseautage, la formation continue et la création d’espaces sûrs d’expression figurent parmi les pistes retenues par les participantes. L’ASADHO entend s’appuyer sur ces préoccupations dans la poursuite de son plaidoyer.
Le 24 septembre, l’organisation a déposé une note auprès du ministère du Genre. Selon l’ASADHO, la conseillère Genre a accueilli favorablement la démarche. Le ministère travaillerait sur un plan stratégique national consacré à la participation des femmes dans les espaces civique et public.
Des mouvements en quête de coordination
Le 23 septembre, l’ASADHO a réuni neuf des treize mouvements citoyens invités autour d’une séance de plaidoyer. La relève générationnelle, l’autonomie financière, la coordination entre structures et la participation au Dialogue national ont dominé les échanges.
Les participants ont manifesté leur intérêt pour le Dialogue national, même si les avis restent partagés sur son format et sur les conditions de leur participation. Ils envisagent de mettre en place une feuille de route et ont sollicité l’accompagnement de l’ASADHO.
À ce stade, il ne s’agit pas encore d’un engagement formel ni d’un résultat acquis. Mais la rencontre a permis de rapprocher des mouvements qui partagent des préoccupations similaires, notamment la nécessité de mieux organiser leur action et de préserver leur autonomie.
Pour l’ASADHO, ce projet ne devait pas s’arrêter à une succession de formations. L’organisation affirme avoir suivi une chaîne allant du diagnostic à l’action : comprendre les difficultés rencontrées par les jeunes, renforcer leurs capacités, produire des éléments vérifiables, formuler des propositions et ouvrir le dialogue avec les institutions.
Les démarches engagées en septembre auprès des mouvements citoyens, du ministère du Genre, de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et de l’Assemblée nationale ont permis à l’ASADHO d’ouvrir plusieurs canaux de dialogue institutionnel.
Si ces premiers contacts ne constituent pas encore des acquis, l’organisation estime qu’ils posent les bases d’un plaidoyer appelé à se poursuivre. Pour les jeunes engagés, l’enjeu sera désormais de convertir la non-violence, l’organisation et le dialogue en véritables leviers d’influence dans le débat public.
Yvette Ditshima










