Procès du meurtre d’un Nigérian : le Tribunal militaire convoque des officiers supérieurs et renvoie l’affaire au 15 juillet

Le Tribunal militaire de Kinshasa/Gombe a renvoyé au 15 juillet le procès du militaire Henoch Mutangala, poursuivi pour abandon de poste et meurtre d’un ressortissant nigérian. Au cœur de cette audience foraine organisée mercredi au terrain municipal d’Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu, les débats ont porté sur les circonstances de la mort d’Okoli Obina Kelvin, tué par balle le 20 juin dernier, ainsi que sur les responsabilités de la hiérarchie militaire.
La partie civile réclame la comparution de la hiérarchie militaire
L’audience a été marquée par une série de demandes formulées par la partie civile. Son avocat a sollicité une descente du tribunal sur le lieu des faits afin de reconstituer les circonstances du drame. Il a également demandé la comparution du commandant d’unité, du major ayant supervisé le prévenu ainsi que de Mme Jacky, présentée comme l’épouse du major et propriétaire de la résidence où Henoch Mutangala assurait la garde.
« Nous sollicitons que le tribunal effectue une descente sur le lieu du crime pour permettre la restitution des faits. Nous demandons également la comparution du commandant d’unité afin qu’il éclaire le tribunal sur les raisons pour lesquelles ce militaire a été commis à la garde de son épouse dans une résidence où lui-même n’habite pas. Nous souhaitons aussi qu’il explique pourquoi il a signé l’ordre de mission détenu par le prévenu », a plaidé l’avocat de la partie civile.
La partie civile a en outre demandé l’appel en garantie de l’État congolais, estimant que celui-ci pourrait voir sa responsabilité engagée dans cette affaire.
Le tribunal fait droit à plusieurs demandes
Le président du Tribunal militaire a estimé que la demande de mise en cause de l’État ne pouvait être écartée sans examen.
« L’appel en garantie de l’État congolais ne peut pas être rejeté d’office. C’est une demande qu’une partie fait à l’intention du tribunal. Il appartient au tribunal de l’apprécier. Lorsque l’État congolais est cité comme responsable, un délai de huit jours francs doit être respecté pour lui permettre de préparer sa défense », a-t-il déclaré.
Le tribunal a annoncé qu’à la prochaine audience comparaîtront le commandant du camp ayant signé l’ordre de mission, le major, supérieur hiérarchique du prévenu, ainsi que Mme Jacky.
« Cette question appelle également la comparution du commandant de camp. C’est le major qui a signé l’ordre de service. C’est aussi Mme Jacky qui doit venir nous éclairer par rapport aux faits tels qu’instruits devant le tribunal », a ajouté le président.
Les faits reprochés au militaire
Selon le procès-verbal du ministère public, Henoch Mutangala aurait quitté sans autorisation son poste de garde situé au n°52 de l’avenue Ikelemba avant d’être retrouvé quelques minutes plus tard au n°48 de la même avenue, où il aurait ouvert le feu avec son arme de service.
Le document judiciaire affirme qu’il a atteint à la tête Okoli Obina Kelvin, ressortissant nigérian, avant de prendre la fuite, provoquant la panique parmi les riverains.
L’abandon de poste constitue, selon le ministère public, une infraction passible de cinq ans de servitude pénale.
« Je ne l’ai pas braqué »
À la barre, Henoch Mutangala a rejeté toute intention homicide, parlant d’un départ accidentel de son arme.
« Je ne l’ai pas braqué. J’ai quitté la résidence sans faire ma mesure de sécurité. Je le faisais rapidement et, du coup, une munition est sortie. Mon arme était placée dans une position moins dangereuse. Je n’ai pas vu qui la munition a touché. Je me promenais et mon chef m’a appelé pour m’informer que j’avais tué quelqu’un. Je pourrais le reconnaître de vue, mais je ne connais pas son nom », a-t-il déclaré.

Le ministère public parle d’« aveu »
Pour le ministère public, les explications du prévenu confirment au contraire l’abandon de poste et confortent les charges retenues contre lui.
« À entendre la défense du prévenu, c’est un aveu. Il est passé aux aveux. En rapport avec l’abandon de poste, lui-même a reconnu qu’il avait quitté son poste. Une personne est tombée sous les coups de balle de son arme. Au départ, il était en possession de dix-huit munitions et il a été arrêté avec dix-sept. Une munition manque et nous avons l’attestation de décès d’Okoli Obina Kelvin. Trois médecins légistes ont conclu que cette mort est d’origine balistique. Ce n’est pas une spéculation intellectuelle », a soutenu le magistrat.
Le procureur a également insisté sur les règles de sécurité que tout militaire est censé respecter lors de la manipulation d’une arme à feu.
« La première règle est de toujours considérer une arme comme chargée. La deuxième est de ne jamais pointer son arme vers quelque chose que l’on n’a pas l’intention de détruire. Il n’y avait ici aucune situation de légitime défense. Abandonner son poste, c’était aller donner la mort au sieur Okoli Obina Kelvin », a-t-il déclaré.
Le Tribunal militaire poursuivra l’instruction le 15 juillet, avec l’audition des responsables militaires convoqués et l’examen des demandes formulées par les différentes parties.
rédaction











