Procès du meurtre d’un Nigérian : le parquet requiert la peine de mort contre l’adjudant Henoch Asonge

Le ministère public a requis ce mercredi 15 juillet la peine de mort contre l’adjudant Henoch Asonge, poursuivi pour abandon de poste et meurtre d’un ressortissant nigérian, à l’issue de l’audience du Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe, siégeant en audience foraine au terrain municipal d’Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu.
« déclarer coupable des infractions d’abandon de poste et de meurtre ; de le condamner par conséquent à cinq ans de servitude pénale pour abandon de poste et à la peine de mort pour meurtre. En application de l’article 7 du Code pénal militaire, prononcer une peine unique, la plus forte, soit la peine de mort ; recevoir l’action civile et la déclarer fondée », a requis le sous-lieutenant magistrat Ghislain Lisalama, ministère public.
La partie civile réclame 5 millions USD au prévenu et 5 millions à la RDC
S’associant aux réquisitions du ministère public, la partie civile a demandé au tribunal de condamner l’adjudant Henoch Asonge Mutangala à verser cinq millions de dollars américains à la famille de la victime à titre de dommages et intérêts. Elle a également sollicité la condamnation solidaire de la République démocratique du Congo au paiement de cinq millions de dollars américains, l’État ayant été appelé en garantie dans cette affaire.
« Votre tribunal dira établie l’infraction de meurtre comme l’a reconnu le ministère public. Nous demandons que vous puissiez condamner le prévenu au paiement de cinq millions de dollars américains ainsi que la République démocratique du Congo au paiement de cinq millions de dollars américains », a plaidé l’avocat de la partie civile.
« C’est lui qui a tué mon frère »
Parmi les derniers renseignants entendus, Totshuku Kelvin, frère de la victime, est revenu sur les circonstances du drame survenu le 20 juin.
« Obina, c’est mon frère et mon patron. Je connais très bien ce militaire, c’est lui qui a tué mon frère. Le 20 juin, vers 9 heures, nous venions de manger. À notre arrivée au chantier, nous attendions le chef pour recevoir les instructions de travail. J’avais demandé au patron de monter attendre le chef, mais Obina avait préféré terminer un travail avec une barre de fer. Pendant qu’ils étaient ensemble, le militaire était à la porte. Nous avons entendu une détonation. Lorsque nous nous sommes retournés, nous avons vu son arme. Ensuite, il est monté avec son arme à la main gauche. Quelques instants après, Obina est tombé. J’étais traumatisé. Depuis la fenêtre, j’ai vu mon frère à terre », a-t-il déclaré.

Des interrogations autour du bulletin de service
L’audience a également été marquée par les déclarations du colonel Minimbu, commandant du camp PM Mikonga, qui a contesté l’authenticité du bulletin de service produit au dossier.
« Je ne connais pas ce bulletin. Il contient d’ailleurs plusieurs irrégularités, notamment dans sa date de validité. Lorsque je suis empêché, je demande à mon second de signer “P.O.”, mais pour ce document, je ne reconnais pas avoir donné mon accord », a déclaré le colonel.

Le major Zamerba, commandant second du camp PM Mikonga, a également comparu comme renseignant. C’est à sa résidence située sur l’avenue Ikelemba, dans la commune de Kasa-Vubu, que l’adjudant Henoch Asonge avait été détaché pour assurer la garde. Jacky Abedi, présentée comme l’épouse du major, a elle aussi été entendue comme renseignante par le tribunal.
À la barre, le major Zamerba a reconnu avoir signé le bulletin de service du prévenu, tout en expliquant l’avoir fait sur instruction de son supérieur.
« Je reconnais que le bulletin contient des irrégularités parce que ce jour-là le secrétariat n’avait pas fonctionné. Mais pour la signature, j’ai reçu l’ordre de mon chef de signer “P.O.” », a-t-il déclaré.

La défense écarte l’abandon de poste
La défense a demandé au tribunal de ne pas retenir l’infraction d’abandon de poste, estimant que les éléments du dossier ne permettent pas de caractériser cette prévention.
« Vous ne pouvez pas prendre en compte l’infraction d’abandon de poste parce que, selon les faits tels qu’établis, il n’y a pas eu d’abandon. Le prévenu n’était pas en poste. Il dit avoir été appelé et c’est en cours de route qu’il s’est rappelé qu’il n’avait pas effectué sa mesure de sécurité et l’arme n’a pas pointé quelqu’un », a plaidé le défenseur judiciaire.
Selon le ministère public, Henoch Asonge Mutangala est poursuivi pour avoir, le 20 juin 2026, quitté sans motif valable son poste de garde situé au n° 52 de l’avenue Ikelemba, dans la commune de Kasa-Vubu. Il est accusé d’avoir ensuite fait usage de son fusil AK-47, atteignant mortellement Okoli Hobina Kelvin, ressortissant nigérian.
Avant de lever l’audience, le Tribunal militaire a, en application de l’article 73, retenu le défaut de la République démocratique du Congo, régulièrement citée mais absente à l’audience.
L’affaire a été prise en délibéré. Le verdict est attendu le 22 juillet.
Yvette Ditshima











