Kinshasa : « evida », une spécialité de Camp-Luka aux conditions de fumage préoccupantes

Poisson fumé très prisé dans certains bars et lieux de détente de Kinshasa, « evida » est préparé à Camp-Luka, dans la commune de Ngaliema, avant d’être vendu à de nombreux consommateurs. Mais entre fumage à l’air libre, exposition à la poussière et aux mouches, ainsi que conservation dans des bocaux parfois fermés à chaud, cette spécialité populaire pose des questions d’hygiène.
À Camp-Luka, Authentic360.cd a observé que evida est fumé à l’air libre, sur des grilles noircies par la fumée et placées au-dessus de morceaux de bois. Après le fumage, le poisson est manipulé puis conservé dans des récipients, parfois alors qu’il est encore chaud.
Pour le Dr Felly Ilenda, médecin au Centre hospitalier de Kinkenda, à Camp-Luka, ces conditions peuvent favoriser la contamination des aliments. Il s’inquiète notamment de l’usage de certains bois de récupération qui pourraient avoir été en contact avec des substances telles que la peinture, l’huile de frein ou l’huile moteur.
« Les risques sanitaires liés à ces conditions sont énormes. Ils utilisent des bois qu’ils achètent dans les coins ou qui viennent souvent des chantiers. Il y a du bois avec de la peinture, de l’huile de frein, de l’huile moteur, n’importe quoi. La fumée va entrer dans le poisson », explique-t-il.
Le médecin alerte également sur la conservation du poisson. Selon lui, la fermeture des bocaux alors que l’evida est encore chaud peut créer de la condensation à l’intérieur des récipients. Cette humidité, combinée à l’exposition aux mouches, peut favoriser la contamination du produit.
« Cela peut favoriser la contamination des aliments et exposer les consommateurs à certaines maladies, notamment la verminose et la fièvre typhoïde », souligne le Dr Felly Ilenda.
Du côté des vendeuses, les préoccupations sanitaires sont relativisées. Maman Mireille Niangi assure que l’evida est préparé avec soin et dans de bonnes conditions de propreté.
« L’evida se prépare avec propreté. Avant, on se moquait de nous en disant que l’evida se préparait dans la saleté, mais aujourd’hui, c’est le contraire », affirme-t-elle.
À Camp-Luka, la préparation de evida constitue une source de revenus pour de nombreuses femmes. Entre la préservation de cette activité et la protection de la santé des consommateurs, le renforcement des pratiques d’hygiène autour du fumage, de la manipulation et de la conservation du poisson reste essentiel.
Christian Matondo










