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Kinshasa : « Ramasser n’est pas voler », la croyance populaire à l’épreuve de la foi et de la loi

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«Ramasser n’est pas voler». À Kinshasa, la formule sonne comme une évidence. Pour beau-coup, trouver un objet ou de l’argent sans propriétaire apparent et le garder ne relève pas du vol. Une croyance populaire bien ancrée, qui se heurte pourtant à la loi et aux enseigne-ments religieux. Authentic360.cd s’est penché sur cette expression pour démêler le vrai du faux.

Exo [nom d’emprunt], 19 ans, ne se cache pas. Lorsqu’il manque d’argent et qu’un billet croise son chemin, il le ramasse. Sans hésiter. Pour lui, il ne s’agit ni d’un vol ni d’une faute. Il y voit plutôt une opportunité, voire une bénédiction. «Quand je trouve l’argent en cours de route, je ramasse sans hésitation. Je préfère ramasser plutôt que voler», raconte-t-il à Au-thentic360.cd. Dans son raisonnement, la distinction est donc claire entre les concepts vo-ler et ramasser. Le premier renvoie, selon lui, à prendre quelque chose à quelqu’un alors que le second c’est récupérer ce qui se trouve par terre.

Son point de vue est loin d’être isolé. À Kinshasa, «ramasser n’est pas voler» se transmet comme une véritablement tradition orale, au point de servir de justification morale. Cepen-dant, la pratique se heurte à des considérations légales, en plus d’être moralement déplo-rable.

Parfait Mpaka est avocat au barreau de Kinshasa-Gombe. Interrogé par Authentic360, il ex-plique que la question ne se résume pas au geste de ramasser.

« Le droit pénal congolais ne fait pas de différence entre “ramasser” et “voler”. Il se concentre sur l’intention de la per-sonne qui s’empare d’un bien», explique-t-il, en s’appuyant sur l’article 79 du Code pénal congolais. Cette disposition stipule: «quiconque a soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol».

Autrement dit, un téléphone oublié sur un banc, un portefeuille retrouvé dans la rue ou une somme d’argent perdue ne deviennent pas automatiquement la propriété de celui qui les découvre. L’avocat recommande donc, en cas de découverte d’un objet perdu, de le déclarer aux autorités.

« Quand tu ramasses un bien, il faut aller le déclarer au commissariat ou au bureau du quartier», conseille-t-il.

La version des religions

Cette même question de l’intention se retrouve également dans les enseignements reli-gieux. Dans la tradition musulmane, Issa Hervé insiste sur la différence entre celui qui trouve un objet et cherche son propriétaire et celui qui décide volontairement de le dissimuler.

« Quelqu’un qui ramasse le téléphone, par exemple, et n’ose le dire aux gens par peur que son propriétaire soit trouvé et le reprenne, il sera condamné par l’islam. Parce qu’il s’agit bien d’un vol», explique-t-il.

Dans la tradition chrétienne, le raisonnement est assez similaire. Docteur de la parole, Guele Ntiama estime que celui qui ramasse un objet tout en connaissant son propriétaire doit «s’ériger en gardien du bien ramassé jusqu’à sa restitution à l’ayant droit». Il s’appuie notamment sur le livre de Deutéronome qui enseigne de conserver le bien retrouvé jusqu’à ce que son propriétaire soit identifié et que l’objet lui soit restitué (22:1-3). «Aujourd’hui, il faut donc le déclarer auprès des autorités compétentes pour éviter tout problème. Et si possible de soumettre ce bien auprès d’une entité étatique compétente s’il faut se déchar-ger du devoir de rechercher le propriétaire», poursuit-il.

Dans une ville de Kinshasa où les objets de valeur perdus sont rarement retrouvés par leurs propriétaires, la vieille formule «ramasser n’est pas voler» pourrait donc mériter d’être sé-rieusement questionnée.

Japhet Mukoko

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