Ebola en RDC : comment le COUSP organise la riposte face à la 17e épidémie

Face à la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola déclarée en République démocratique du Congo, la réponse sanitaire repose notamment sur un dispositif chargé de coordonner les informations, les équipes et les moyens mobilisés sur le terrain : le Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP).
À sa tête, le Professeur Dr Christian Bwangandu défend une approche fondée sur la coordination et l’anticipation. Dans un entretien consacré à la riposte, il revient sur le fonctionnement de cette structure, les particularités de l’actuelle flambée liée au variant Bundibugyo et les défis rencontrés dans les zones touchées.
Rattaché à l’Institut national de santé publique (INSP), le COUSP intervient dans la gestion des urgences de santé publique, qu’il s’agisse d’Ebola, du choléra, de la rougeole, de la mpox ou d’autres situations sanitaires nécessitant une réponse coordonnée.
« Le COUSP a cette fonction et ces mandats de pouvoir coordonner tous les intervenants, coordonner toutes les opérations, coordonner l’information et coordonner pratiquement tout ce qui se fait en rapport avec les urgences de santé publique », explique Christian Bwangandu Ngandu.
Anticiper avant que la crise ne survienne
Le travail du COUSP ne commence pas avec la déclaration d’une épidémie. En dehors des périodes de crise, la structure travaille notamment sur la préparation, la planification, la surveillance et le renforcement des capacités.
Lorsque l’urgence est déclarée, le dispositif est renforcé. Un mécanisme de gestion des incidents est alors activé sous la responsabilité d’un incident manager. Le COUSP contribue à la mobilisation des ressources, à la circulation des informations, au suivi des opérations et à la coordination des différents intervenants.
L’objectif est d’éviter une réponse dispersée, dans laquelle plusieurs acteurs travailleraient avec des informations ou des priorités différentes.
Dans la riposte actuelle, environ 150 personnes ont été mobilisées en moins d’une semaine, selon le coordonnateur du COUSP. Une trentaine de centres de traitement Ebola disposeraient également d’une capacité cumulée d’environ 985 lits dans les provinces concernées.
Un variant qui complique la détection
L’épidémie actuelle présente une particularité importante : elle est liée au virus Ebola de l’espèce Bundibugyo, alors que les précédentes grandes flambées enregistrées en RDC étaient principalement liées à l’espèce Zaïre.
Cette différence constitue un défi pour la détection des cas, les manifestations cliniques pouvant être moins caractéristiques.
« Les malades qui viennent avec Ebola Bundibugyo ne vont pas forcément vous faire le syndrome hémorragique avec des saignements partout. Ils vont vous présenter des signes du paludisme, des signes digestifs », explique le Professeur Bwangandu Ngandu.
D’où l’importance, dans la stratégie de riposte, de renforcer la surveillance, le diagnostic, les capacités des laboratoires et le référencement rapide des patients.
La communauté au centre de la riposte
La réponse ne repose toutefois pas uniquement sur les structures médicales. Dans les zones touchées, les équipes doivent également composer avec la peur, les rumeurs et parfois la méfiance des populations envers les centres de santé.
Le travail de communication devient alors déterminant pour convaincre les personnes présentant des symptômes de consulter rapidement et pour limiter les risques de transmission au sein des familles.
Pour le COUSP, la lutte contre Ebola est donc aussi une question de comportement et d’adhésion communautaire.
À cela s’ajoutent les difficultés liées à l’insécurité et aux déplacements de populations dans certaines zones de l’Est du pays. L’accès aux communautés touchées peut ainsi devenir un problème aussi important que la prise en charge médicale elle-même.
L’absence de vaccin spécifique, un autre défi
L’un des enjeux de cette 17ᵉ épidémie concerne également l’absence d’un vaccin spécifiquement homologué contre le variant Bundibugyo.
Le coordonnateur du COUSP évoque néanmoins différentes pistes étudiées par la communauté scientifique, notamment la question d’une éventuelle immunité croisée avec des vaccins développés contre l’espèce Zaïre et certaines options thérapeutiques étudiées dans des cadres appropriés.
Il cite notamment l’anticorps monoclonal MBP134 et le remdesivir, tout en soulignant que les données disponibles doivent encore être appréciées avec prudence.
Cette situation remet en lumière le rôle de la recherche scientifique dans la réponse aux épidémies : comprendre le comportement du virus, documenter les résultats obtenus sur le terrain et adapter les stratégies de prise en charge.
Une expérience accumulée au fil des épidémies
Malgré ces difficultés, Christian Bwangandu Ngandu estime que la RDC dispose aujourd’hui d’une expérience importante dans la gestion des épidémies d’Ebola.
« Nous avons toujours gagné la bataille contre Ebola », rappelle-t-il.
Cette expérience repose notamment sur plusieurs années de riposte, de formation des équipes et de développement de mécanismes nationaux de coordination.
L’actuelle épidémie constitue ainsi un nouveau test pour cette architecture sanitaire. Elle oblige les autorités à coordonner rapidement les acteurs, à rapprocher les services de santé des communautés et à adapter la réponse aux caractéristiques du variant Bundibugyo.
Au-delà d’Ebola, l’enjeu est aussi de consolider durablement la capacité de la RDC à répondre aux prochaines urgences sanitaires.
Pour le COUSP, la logique reste la même : préparer avant la crise, coordonner pendant l’urgence et tirer les enseignements après la riposte. C’est sur cette capacité d’anticipation et de coordination que repose une partie importante de la réponse congolaise à la 17ᵉ épidémie d’Ebola.










