RDC : l’insécurité fragilise la production de cacao en Ituri

Dans le territoire d’Irumu, dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, le cacao constitue depuis plusieurs années une importante source de revenus pour des milliers de familles. Mais l’insécurité dans plusieurs zones de production contraint des cultivateurs à abandonner leurs plantations, compromettant leurs revenus et l’activité économique locale.
À Basili, Walese-Vonkutu et Banyali-Tchabi, plusieurs hectares sont consacrés à la culture du cacao. Situées à plus de 75 kilomètres de Bunia pour Basili et à plus de 80 kilomètres pour Walese-Vonkutu, ces zones permettent à de nombreux ménages de financer leur alimentation, la scolarité des enfants et d’autres besoins grâce à la vente de leurs récoltes.
Justin Kambale, cultivateur, affirme que le cacao constitue depuis plus de cinq ans son principal moyen de subsistance.
« Grâce au cacao, je nourris ma famille et je scolarise mes enfants. Mais lorsqu’il y a l’insécurité, nous ne pouvons plus accéder aux champs. Il faut parfois choisir entre risquer sa vie et rester à la maison », témoigne-t-il.
Des cultivateurs contraints d’abandonner leurs plantations
Dans plusieurs zones, l’insécurité a poussé des producteurs à quitter leurs champs. Rachel Masika, cultivatrice de cacao aujourd’hui déplacée à Komanda, raconte à Authentic360 avoir abandonné près d’un hectare de plantation.
Elle affirme que sa famille avait déjà effectué deux récoltes avant de fuir les attaques d’hommes armés.
« Nous avions déjà récolté le cacao à deux reprises lorsque nous avons été chassés par des hommes armés. Mon mari continuait parfois à se rendre au champ. Un jour, il a été tué avec mon garçon. Depuis, je n’y retourne plus et je me contente de vendre de petits articles ici à Komanda », raconte-t-elle.
Pour les producteurs qui continuent de fréquenter leurs plantations, les déplacements restent risqués. Certaines récoltes ne peuvent plus être acheminées normalement vers les marchés, tandis que des champs restent sans entretien.
Un ingénieur agronome travaillant au sein de la société ESCO Kivu, qui a requis l’anonymat, estime que la filière cacao contribue pourtant fortement à l’économie de plusieurs communautés d’Irumu.
Selon lui, la hausse du prix du kilogramme de cacao permet aux producteurs d’augmenter leurs revenus et stimule les activités commerciales dans les zones de production.
Des conséquences au-delà des plantations
L’abandon des champs affecte également les familles déplacées vers des centres comme Komanda. Leurs investissements restent dans les villages qu’elles ont quittés, alors que leurs nouvelles activités leur procurent généralement des revenus plus limités.
John Kihimba, activiste des droits humains basé dans le territoire d’Irumu, affirme que des dizaines de civils ont été tués dans différentes zones du territoire au cours des trois dernières années. Il considère l’insécurité comme l’un des principaux obstacles au développement des activités agricoles.
Pour les cultivateurs, la sécurisation des zones de production et des axes qui y mènent constitue donc une priorité. Ils souhaitent pouvoir retrouver leurs plantations, entretenir leurs cacaoyers et commercialiser leurs récoltes sans craindre pour leur sécurité.
À Irumu, le cacao reste ainsi une ressource importante pour les communautés rurales. Mais tant que les cultivateurs ne pourront pas accéder librement à leurs champs, une partie du potentiel économique de cette filière restera difficile à exploiter.
Reagan Bin Kakani, depuis Ituri











