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Kinshasa : au boulevard Triomphal, des mineurs au service de la mendicité des personnes aveugles

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« Sunga aveugle, ndeko… kabela aveugle ! » (traduction : « Aide l’aveugle, donne à l’aveugle ! »). Au croisement du boulevard Triomphal et de l’avenue Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu, cette phrase est devenue un refrain. Dans ce carrefour mouvementé de la capitale congolaise, chaque ralentissement est une providence pour les personnes aveugles qui bordent cette route. Dans cette entreprise, les accompagnateurs sont, pour la plupart, des mineurs. Entre deux véhicules, un enfant accompagne une mère, la tête couverte d’un foulard et des lunettes de soleil bien vissées sur le nez pour dissimuler des yeux malades, souvent dans l’indifférence totale des potentiels « bons Samaritains ».

En ce jour de juillet, les reporters d’Authentic360.cd comptent une vingtaine de personnes aveugles, toutes accompagnées d’enfants dont l’âge se situe visiblement en dessous de 16 ans. Comme à l’accoutumée, les embouteillages sont bien présents. Le robot roulage installé au beau milieu du carrefour et les quelques agents affectés à la circulation semblent impuissants. Un décor lassant pour les automobilistes, mais une aubaine pour ces « chercheurs d’aumône ». À chaque coup de canne sur le sol, ils se fraient un chemin au milieu des véhicules pour interpeller les automobilistes à travers les vitres et solliciter une aide. Pendant ce temps, les guides courent dans tous les sens pour convaincre les bienfaiteurs. Face à cette scène, les avis divergent. Quand certains usagers tendent un billet par compassion, d’autres font la sourde oreille, ni vu ni connu.

Exploitation des mineurs

La présence des mineurs suscite également les interpellations de certains passants. En RDC, le travail des enfants est prohibé aux termes de la loi du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant. Le texte garantit une protection particulière aux mineurs contre toutes les formes d’exploitation et les situations mettant leur sécurité en danger. C’est ce que rappelle Me Timothée Kitambala, avocat au barreau de Kinshasa/Gombe. Mais pour le juriste, cette exploitation des mineurs est avant tout le reflet d’un problème social.

« Autrefois, la législation congolaise réprimait l’exposition des enfants à la mendicité. Aujourd’hui, cette réalité est davantage considérée comme une question sociale que comme un délit », nuance-t-il, estimant que la pauvreté est la principale cause de cette présence aux côtés des personnes aveugles.

Dans ce carrefour de Kinshasa, les enfants sont pourtant exposés à de nombreux risques, notamment les accidents de circulation, les agressions, les vols et diverses formes d’exploitation. Pour y remédier, le juriste propose une réponse holistique afin d’accompagner et d’encadrer ces enfants.

Ivonne Isangola, stagiaire à l’UNISIC

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