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Pénurie de lait à Djugu et Irumu : les éleveurs fuient l’insécurité, les prix s’envolent en Ituri

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Depuis environ un an, les vendeuses de lait local, communément appelé « maziwa ya ngombe », peinent à s’approvisionner dans les territoires de Djugu et d’Irumu, principaux greniers d’élevage de la province de l’Ituri.

Selon les habitants, le déplacement massif des troupeaux vers des zones jugées plus sûres, notamment la région de Berunda et la province du Haut-Uélé, est à l’origine de cette pénurie, face aux exactions des groupes armés.

« Nous ne pouvons plus garder nos vaches dans certaines agglomérations du territoire d’Irumu suite à l’insécurité. On nous vole, on nous tue », témoigne Arali, un éleveur interrogé par Authentic 360.cd au village Ngumata. Cet homme a déplacé 80 têtes de bétail vers le Haut-Uélé. « Ici localement, il n’y a plus de lait parce que les vaches sont loin », déplore-t-il.

Les rapports sur la sécurité alimentaire dans la région confirment cette tendance. Entre août 2024 et janvier 2025, des pillages de bétail ont été signalés de manière récurrente dans les territoires de Djugu et d’Irumu, parfois accompagnés de violences physiques ou d’incendies criminels, provoquant des déplacements massifs d’éleveurs.

Des groupes armés comme le CODECO et d’autres factions ont mené des vols répétés de bétail, aggravant l’insécurité dans ces zones d’élevage.

Au marché local de Komanda, le prix d’un litre de lait frais est passé de 2 500 à 4 000, voire 5 000 francs congolais en moins d’un mois, soit une hausse de 60% à 100%. Les petites vendeuses, qui vivaient de ce commerce, sont désormais au chômage technique.

« Avant je vendais 30 litres par jour. Aujourd’hui je n’arrive même pas à trouver 5 litres. Les éleveurs nous disent que les vaches sont parties très loin », se plaint Marie, vendeuse de lait à Komanda.

La pénurie de lait local a des répercussions en cascade sur l’économie locale. D’abord, les vendeuses perdent leur principale source de revenus, certaines devant se tourner vers d’autres activités de subsistance ou dépendre de l’aide familiale. Ensuite, la hausse des prix réduit le pouvoir d’achat des ménages, qui doivent consacrer une part plus importante de leur budget à l’alimentation de base.

La raréfaction du lait frais profite indirectement aux importateurs de lait en poudre, dont les produits deviennent la seule alternative, bien que plus chère. Cette dépendance accrue aux importations affaiblit davantage l’économie locale et creuse le déficit commercial de la province.

La situation affecte aussi la nutrition des enfants et des malades qui dépendaient de ce lait local, moins cher que le lait en poudre importé.

Dans un contexte où l’insécurité alimentaire persiste en Ituri avec 45% de la population du territoire de Djugu en phase 3 ou plus d’insécurité alimentaire aiguë la raréfaction du lait local aggrave la vulnérabilité des ménages.

Les pédiatres locaux alertent sur les risques de malnutrition chez les jeunes enfants, pour qui le lait constitue une source essentielle de protéines et de calcium. « Quand le lait devient trop cher ou introuvable, les parents doivent faire des choix difficiles », confie un agent de santé à Bunia.

Des éleveurs du territoire d’Irumu plaident majoritairement pour le rétablissement de la sécurité et la création de couloirs sécurisés permettant le retour des troupeaux. Sans mesure concrète, la filière lait locale risque de s’effondrer davantage, avec des répercussions sur l’économie et la santé publique dans toute la province.

Joël Bakabona, depuis Ituri

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