RDC : des mouvements citoyens du Sud-Kivu dénoncent une « modification opportuniste de la Constitution »

La question d’une éventuelle révision de la Constitution continue d’enflammer le débat politique en République démocratique du Congo. Cette fois, ce sont douze mouvements citoyens du Sud-Kivu qui dénoncent ce qu’ils considèrent comme une possible « modification opportuniste de la Constitution » destinée à favoriser un maintien au pouvoir du président Tshisekedi au-delà de 2028.
Dans un communiqué conjoint rendu public ce mardi 12 mai 2026, les organisations parmi lesquelles Lucha, Filimbi, Front Citoyen, Génération Z RDC ou encore Parlement de la Rue, affirment suivre « avec une attention soutenue » les récents propos du chef de l’Etat tenus lors de sa conférence de presse du 6 mai à la Cité de l’Union africaine.
Pour ces mouvements citoyens, le contexte actuel du pays ne justifie pas l’ouverture d’un débat sur la Constitution.
« Aucune réforme constitutionnelle ne peut être engagée dans un climat de guerre, de méfiance politique et de souffrance généralisée », écrivent-ils.

Dans l’Est du pays, particulièrement au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, la guerre continue de bouleverser le quotidien de millions de personnes. Déplacements massifs, insécurité persistante, familles séparées, villages désertés : pour ces mouvements, les priorités nationales devraient être ailleurs.
« Les Congolais attendaient des réponses précises sur les stratégies militaires, diplomatiques et humanitaires mises en œuvre pour récupérer les territoires perdus », souligne le communiqué.
Les organisations citoyennes dénoncent un débat politique qu’elles jugent déconnecté des réalités vécues par les populations de l’Est.
« À l’heure où les familles pleurent leurs morts au quotidien, le peuple attendait des actes forts, des décisions courageuses et une vision claire pour sauver la nation », poursuivent-elles.
Au cœur des inquiétudes figure l’article 220 de la Constitution, considéré comme un verrou protégeant l’alternance démocratique en RDC. Les mouvements estiment que toute tentative de modification pourrait fragiliser davantage la cohésion nationale dans un climat déjà explosif.
« Toute initiative susceptible de créer un doute sur l’alternance démocratique risque d’alimenter davantage les tensions nationales », alertent-ils.
Dans leur déclaration, les signataires accusent également le pouvoir de vouloir instrumentaliser la guerre dans l’Est pour préparer un maintien au pouvoir après 2028.
« Chercher à instrumentaliser la guerre de l’Est pour se maintenir au pouvoir au-delà de 2028 constitue une haute trahison », affirment-ils.
Au-delà du discours politique, le communiqué prend un ton particulièrement militant. Les mouvements citoyens appellent la jeunesse, les organisations citoyennes, les leaders religieux et les forces vives à rester « vigilants et mobilisés » pour défendre l’ordre constitutionnel.
« La Constitution est sacrée, nous la défendrons jusqu’au sacrifice suprême », martèlent-ils.

Cette sortie intervient alors que les débats autour d’un éventuel changement constitutionnel gagnent progressivement du terrain dans l’espace public congolais, alimentés par certaines déclarations de responsables politiques et proches du pouvoir évoquant des réformes institutionnelles adaptées au contexte sécuritaire actuel.
Au cours de sa conférence de presse du mercredi 6 mai à Kinshasa, Félix Tshisekedi avait lui-même justifié cette réflexion par les réformes exigées dans le cadre du partenariat stratégique négocié entre la RDC et les États-Unis.
« Depuis que je suis à la tête de ce pays, je me rends compte des entraves qu’il y a. Nous parlons du partenariat avec les États-Unis, dans lequel les Américains nous ont exigé certaines réformes qui doivent se faire au niveau de la justice. Ces réformes ne se feraient pas sans réviser la Constitution », avait-il déclaré.
Félix Tshisekedi avait également estimé qu’il était « inacceptable de condamner tout le pays à ne pas avancer » uniquement à cause du débat autour du troisième mandat, considéré comme une ligne rouge par une partie de l’opposition et de la société civile.
Pour le président congolais, réfléchir à une éventuelle révision constitutionnelle « n’est nullement un crime », tant que cette réflexion vise à « entrevoir ce qu’il faut léguer aux générations futures ».
Mais dans l’Est du pays, où la guerre continue de façonner le quotidien des populations, plusieurs mouvements citoyens redoutent que ces discussions politiques ne viennent accentuer davantage la fracture entre les priorités du peuple et celles du pouvoir.
Ditsh











