RDC : à Goma, le poisson devient un produit de luxe

Dans les marchés de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, les poissons frais du lac Édouard se font rares. Jadis moteur de l’économie et source essentielle de revenus pour des milliers de ménages, la pêche bat de l’aile dans cette partie du pays. Au marché central de Virunga, l’un des principaux centres de négoce de Goma, les commerçants s’adonnent à leurs activités en ce mercredi 24 juin. Cette date rappelle, en RDC, la Journée nationale du poisson. Mais il est difficile de se l’approprier aujourd’hui. Le rayon des poissons frais en provenance de l’enclave de pêche de Vitshumbi tourne en effet au ralenti, faute d’approvisionnement.
« Il y a quelques années, chaque commerçante pouvait disposer de son propre panier, deux ou plus. Désormais, plusieurs dizaines de vendeuses se partagent une quantité qui ne cesse de diminuer », raconte Vake Kahambu, vendeuse depuis plus de vingt ans.
Cette baisse de régime a impacté la vie d’Anne-Marie Siku, également vendeuse au marché de Virunga. « Ce commerce m’a permis de scolariser mes enfants pendant des années. Aujourd’hui, obtenir quelques poissons est devenu un véritable défi », déplore-t-elle.
La rareté du poisson affecte bien au-delà des marchés urbains. Dans les pêcheries du lac Édouard, de nombreux ménages peinent désormais à accéder à une ressource qui constituait autrefois leur aliment de base. « Avant, le poisson était accessible à tous. Aujourd’hui, il est devenu un produit coûteux », explique Essaie Siku. Pour cet habitant de Goma, originaire de Vitshumbi, la pêche constituait une source de revenus sûre, permettant de financer la scolarité de ses enfants. Ce temps est désormais révolu.
À la bourse, cette diminution n’est pas sans conséquence. Un tilapia vendu entre 500 et 1 000 francs congolais en 2022 coûte désormais jusqu’à 6 000 francs congolais au marché de Virunga. Cette situation est notamment due à une activité de pêche non contrôlée, entraînant une surexploitation puis un épuisement progressif des stocks halieutiques du lac Édouard, pourtant l’un des plus importants réservoirs halieutiques de la région des Grands Lacs.
Lucien Sebuke











