RDC : à Bunia, Odette Dhapia transforme les barres de fer en source d’autonomie financière

Sous le soleil brûlant d’un chantier de construction à Bunia, dans la province de l’Ituri, Odette Dhapia manipule avec assurance des barres de fer, une pince à la main. Autour d’elle, des hommes s’activent à monter les armatures d’un futur bâtiment.
Dans cet univers généralement réservé aux hommes, cette mère de famille a réussi à se faire une place grâce à son courage et à son savoir-faire.
Depuis 2021, elle exerce le métier de ferrailleuse, une activité physique exigeante qui consiste à préparer et assembler les structures métalliques destinées à renforcer les constructions. Un choix qui lui vaut aujourd’hui respect et reconnaissance, mais qui n’a pas été sans difficultés.

« Dès mon jeune âge, j’aimais la construction. Je voulais travailler dans ce domaine. J’avais vu des filles devenir maçonnes ou électriciennes, mais moi, j’ai choisi le ferraillage », raconte-t-elle.
Au début, les regards sceptiques et les critiques ont été nombreux. Certains estimaient qu’une femme n’avait pas sa place sur un chantier.
« On me demandait pourquoi je faisais un travail réservé aux hommes. C’était difficile, mais je me suis dit que si j’abandonnais, ceux qui doutaient de moi auraient gagné », confie-t-elle.

Aujourd’hui, ses mains portent les traces du métier. Égratignures, blessures légères et fatigue physique font partie de son quotidien. Pourtant, lorsqu’elle parle de son travail, c’est surtout la fierté qui domine.
« C’est un métier difficile, mais il me permet de vivre dignement et de prendre soin de ma famille », affirme-t-elle.
Au-delà de la passion, le ferraillage représente pour Odette un véritable levier d’autonomie économique. Contrairement à de nombreux emplois précaires ou faiblement rémunérés, cette activité lui procure des revenus réguliers.
« Grâce à ce travail, je peux être payée chaque jour ou chaque semaine. Cela me permet de répondre rapidement aux besoins de ma famille », explique-t-elle.
Avec ces revenus, elle assure seule la prise en charge de son ménage composé de trois personnes. Frais scolaires, loyer, alimentation et autres dépenses courantes sont couverts grâce aux revenus générés sur les chantiers.
Son parcours a également un impact sur son entourage. Au fil des années, elle a formé plusieurs jeunes au métier, dont certains dirigent aujourd’hui leurs propres équipes de construction.
« Dans mon équipe, nous sommes dix personnes, dont huit hommes. Ils me respectent parce qu’ils voient la qualité de mon travail », souligne-t-elle.

À Bunia, où le chômage et la précarité touchent particulièrement les jeunes et les femmes, l’histoire d’Odette démontre que les métiers techniques peuvent constituer une véritable opportunité d’insertion professionnelle et d’émancipation économique.Pour elle, l’autonomisation des femmes ne doit pas se limiter aux emplois de bureau ou à l’enseignement.
« Les filles doivent avoir le courage d’apprendre ces métiers. Nous avons besoin de ferrailleuses, de mécaniciennes, d’électriciennes et de maçonnes. Nous ne devons pas tout laisser aux hommes », lance-t-elle.
À travers son parcours, Odette Dhapia incarne une nouvelle génération de femmes qui transforment les préjugés en opportunités et font du travail manuel un outil d’indépendance économique et de changement social.
Reagan Bin Kakani, depuis Bunia











