Patrimoine immatériel : ces savoirs, contes et traditions qui font vivre la culture luba

La conservation du patrimoine culturel immatériel occupe une place centrale dans la tradition luba. Transmis de génération en génération, les contes, proverbes, rites et savoirs constituent une mémoire collective qui permet au peuple luba de préserver son identité et de maintenir l’ordre cosmique, explique Mohamed Betu Abba, chercheur et conservateur, lors d’une interview accordée au micro d’Authentic360.
À l’occasion de la Journée internationale du patrimoine culturel immatériel, célébrée chaque 17 octobre, le conservateur et collectionneur du musée Lubaphone détaille les mécanismes de transmission et de préservation de ce patrimoine au sein de la tradition luba.
La langue, vecteur de la mémoire
Dans la tradition luba, le patrimoine culturel immatériel repose sur des valeurs transmises à travers le tshiluba, la langue du peuple. Cette transmission s’accompagne d’éléments matériels, également transmis de génération en génération, et constitue une sagesse qui permet au peuple de conserver sa mémoire.
« Étant conservateur, notre rôle est aussi de transmettre cette valeur. Nous devons concilier cette tradition à la langue luba. Si la langue est maîtrisée, vous avez aussi compris la tradition », explique Betu Abba.
Cette transmission a produit, chez le peuple luba, une haute valeur de préservation de la vie humaine, considérée comme plus importante que l’argent. Elle pousse certains à renoncer à de grandes richesses pour protéger les autres. Chez les Luba, cette valeur traduit leur identité, contribue à valoriser le peuple et à maintenir l’ordre cosmique.
Une tradition orale fragilisée
La tradition orale joue un rôle essentiel chez les Luba. Autrefois, la transmission se faisait autour du feu : une mère racontait à ses enfants des histoires vécues ou expliquait des proverbes porteurs de connaissances.
Selon Betu Abba, cette manière de transmettre a presque disparu avec la modernisation et les nouvelles technologies.
« Cette transmission a disparu aujourd’hui à cause de la technologie. Le monde n’a plus de frontières et chacun peut adopter n’importe quelle culture. C’est l’une des valeurs que nous voulons renouveler en tant que conservateurs », déclare-t-il.
Le musée, un espace de sauvegarde
Bien que le patrimoine culturel immatériel du peuple luba soit menacé de disparition, les réseaux sociaux et le musée Lubaphone demeurent, pour Betu Abba, des espaces de transmission de cette tradition orale aux visiteurs, notamment aux jeunes.
« Nous avons des outils comme les réseaux sociaux et ce musée. Nous essayons de transmettre cela aux jeunes qui viennent visiter le musée. Cette transmission est accompagnée du patrimoine matériel, avec des pierres taillées, des statues, des vases et des lances que les Occidentaux considèrent parfois comme de la sorcellerie. Nous expliquons le rôle et les circonstances dans lesquelles ces objets ont été utilisés », fait-il savoir.
Un patrimoine menacé de disparition
Betu Abba souligne qu’au fil des années, plusieurs pratiques de la tradition luba ont été modifiées ou ne sont plus appliquées en raison des changements de l’environnement. Le déplacement du peuple luba vers d’autres terres, accompagné des influences extérieures, a également fragilisé la conservation de ses traditions immatérielles.
Pour le peuple luba, la transmission du patrimoine culturel immatériel reste une identité à préserver. Car, rappelle Betu Abba, « un peuple qui ne transmet pas ses valeurs culturelles aux autres est près de disparaître ».
Milca Nlandu










