Goma : la suspension des activités académiques fait craindre une année blanche aux étudiants

À Goma, l’annonce de la suspension des activités académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire a plongé étudiants et parents dans l’incertitude. Pour de nombreuses familles, la perspective de se tourner vers les institutions privées reste difficile en raison du coût des études.
Le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation a suspendu, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques liées à l’année 2026-2027 dans plusieurs établissements publics de Goma et de Bukavu. La décision, contenue dans un arrêté signé le 20 août dernier par la ministre Marie-Thérèse Sombo, a été rendue publique mardi 25 août.
À Goma, cinq établissements sont concernés : l’Université de Goma (UNIGOM), l’Institut supérieur de commerce (ISC-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM-Goma), l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA-Goma) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP-Goma). À Bukavu, six autres institutions sont visées.
Pour les étudiants, l’inquiétude porte notamment sur la continuité de leur parcours et la valeur des diplômes. Laetitia Minwa, étudiante à l’ISC-Goma, ne cache pas son désarroi.
« Ça ne sert à rien d’étudier sachant que nous n’aurons pas de diplômes. La solution, c’est peut-être de quitter la ville et aller poursuivre ailleurs parce que cette situation n’augure rien de bon. Nous n’avons rien demandé de tout ça, nous sommes peut-être juste une génération maudite. Qu’avons-nous fait au bon Dieu ? », témoigne-t-elle.
Des études publiques, une solution pour les familles modestes
Pour Timothée Buhashe, étudiant à l’Université de Goma, la mesure touche particulièrement les étudiants qui comptent sur les établissements publics pour poursuivre leurs études à moindre coût.
« Les étudiants qui fréquentent les institutions publiques sont souvent ceux qui ne disposent pas de beaucoup de moyens financiers. Ce sont tous ceux-là qui sont victimes de cette décision. Nous espérons qu’ils vont trouver un consensus dans le processus de négociation entre le M23 et le gouvernement », explique-t-il.
Même inquiétude chez les parents. Patrick Makanda avait déjà prévu d’inscrire son enfant dans une institution publique.
« J’avais déjà pris la décision de faire inscrire mon enfant dans une institution publique, mais compte tenu de cette situation, je vais devoir réfléchir en attendant de voir si les autorités trouveront une solution. L’éducation est moins chère dans les institutions publiques. S’ils sont fermés, mon enfant n’ira plus étudier parce que je ne saurais pas payer les frais des institutions privées », confie-t-il.
Le ministère explique sa décision par la nécessité d’empêcher que des actes académiques soient posés en dehors du cadre légal et institutionnel de la République démocratique du Congo. La suspension concerne notamment les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations et les délibérations pouvant conduire à la délivrance de titres académiques.
La mesure intervient après la désignation, dans plusieurs établissements de Goma et Bukavu, de responsables par les autorités de l’AFC/M23, nominations que Kinshasa ne reconnaît pas.
Une exception a toutefois été prévue pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026dont la formation n’a pas encore été achevée. Ils sont autorisés à poursuivre les activités nécessaires à la finalisation de leur cursus dans des établissements légalement reconnus par la RDC.
Pour les autres étudiants, le calendrier reste suspendu à une décision ultérieure. À Goma, la question qui demeure désormais est celle de la durée de cette interruption et des conditions dans lesquelles les cours pourront reprendre.
Lucien Sebuke, depuis Goma









