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Après l’école, le marché : la réalité de nombreux enfants au Kongo Central

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Il est 16 heures à Mbanza Ngungu. Le soleil est encore haut dans le ciel, rivalisant avec le climat glacial de la ville. Sur les accotements de la route nationale menant au grand parking des bus pour Kinshasa, une rangée d’étals est tenue par des enfants, en cette Journée mondiale contre le travail des enfants célébrée chaque 12 juin. Ici, ils vendent chikwangues, lait caillé ou encore gâteaux. Dans cette cité située à quelque 150 kilomètres de la ville de Kinshasa, le travail des enfants se porte bien, loin des statistiques.

Véronique [nom d’emprunt], 9 ans, élève de 4e primaire à l’école Kimbanguiste, affiche un sourire jaune en comptant les billets récoltés depuis le matin. Son école étant réquisitionnée pour abriter un centre du TENASOSP, la petite fille a passé toute sa journée au marché alors que sa mère est restée à la maison pour fabriquer d’autres chikwangues.

« Je ne vends pas toute la journée. Aujourd’hui est une exception puisque que les élèves passent le test », explique-t-elle.

Derrière la réalité actuelle, à cheval entre l’école et le marché, la fillette cache de grands rêves. « Je vends seulement après être revenue de l’école. C’est la vente de ces chikwangues qui finance presque tout à la maison », poursuit-elle.

C’est aussi ce commerce qui doit financer ses rêves. Depuis que Véronique l’a compris, passer son temps au marché a cessé d’être une corvée. Bien au contraire, elle y puise une détermination pour exceller dans ses études. « Je suis troisième de ma classe. Mes devoirs, je les fais seulement quand je termine de vendre et que je rentre à la maison », raconte-t-elle.

À 15 kilomètres de Mbanza-Ngungu, la cité de Kwilu Ngongo présente une réalité similaire. Le marché du quartier N’sele accueille parmi les vendeurs, plusieurs mineurs dont Joseph [nom d’emprunt], un garçon de 8 ans. Élève à l’école Ntumba, il jongle entre les cours dans la matinée et le commerce l’après-midi. Sa mère, vendeuse ambulante de pain, termine pourtant ses activités vers 11 heures. Mais le fils aîné est obligé d’assurer la vente des chikwangues jusqu’au soir, parfois même jusqu’à 22 heures.

Gladys vit également le même calvaire. Élève du matin, elle rejoint son point de vente dès la sortie des cours. Son attente peut durer plusieurs heures avant l’arrivée de sa mère en fin de journée. Son cas est encore plus pénible, parfois privée de ses besoins les plus élémentaires. « Je n’ai pas le droit d’acheter quoi que ce soit, même pas de l’eau. Je dois attendre que ma mère arrive pour manger », confie-t-elle, non sans regret.

Au Kongo-Central, province très conservatrice de l’Ouest de la RDC, le travail des enfants est normalisé depuis belle lurette. Avec la gratuité de l’enseignement, plusieurs enfants ont repris le chemin de l’école, sans pourtant être épargnés du commerce. Une fois la cloche de sortie sonnée, ils débutent une autre vie. Pourtant, en RDC, la législation interdit le travail des enfants de moins de 14 ans. Pour les adolescents ayant atteint cet âge, l’activité professionnelle ne peut excéder quatre heures par jour et demeure interdite le dimanche. Sur le terrain, cependant, la réalité observée à Mbanza-Ngungu et à Kwilu-Ngongo semble raconter une tout autre histoire.

Japhet Mukoko

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