Procès FRIVAO : Chançard Bolukola demande à la Cour de lui rendre « sa liberté et son honneur »

Après 390 jours de détention, Chançard Bolukola a livré mercredi 19 août son dernier mot devant la Cour de cassation. À l’issue des débats dans le procès FRIVAO, l’ancien coordonnateur intérimaire du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC a contesté les accusations portées contre lui et confié son sort à la sagesse des juges.
Devant la Haute Cour, Bolukola a d’abord rappelé une inscription qu’il dit avoir vue dans les escaliers du bâtiment : « magistrats, greffiers, avocats, nous défendons nos semblables ». Il a ensuite cité François Rabelais sur le lien entre science et conscience.
« La puissance du mensonge, aussi grande que soit-elle, ne peut jamais détruire la faiblesse de la vérité, aussi minime que soit-elle », a-t-il déclaré.
L’ancien responsable du FRIVAO a rappelé qu’il était privé de liberté depuis 390 jours, éloigné de son lieu de travail et séparé de sa famille et de ses proches. Il rejette notamment l’image qui lui est attribuée dans cette affaire.
« Alors que je passe pour l’archétype d’un détournement qui n’arrive pas à s’éprouver, ni aucun enrichissement illicite, je comparais devant votre Haute Cour dans des circonstances très difficiles », a-t-il soutenu.
Une procédure qu’il dit avoir vécue dans la douleur
Bolukola a également évoqué plusieurs épreuves personnelles survenues durant la procédure. Il a notamment cité la mort soudaine de son frère, qui détenait l’un de ses appareils. Selon lui, cette machine a ensuite été endommagée, alors qu’elle contenait des éléments qu’il pouvait utiliser.
Il a aussi rappelé les traumatismes qu’il affirme avoir subis lors de son arrestation.
« On m’a perforé l’oreille le jour où j’ai été arrêté, j’ai saigné. Il me faut une intervention chirurgicale qui dure depuis plus d’une année », a-t-il affirmé.
Malgré ces difficultés, l’ancien patron intérimaire du FRIVAO dit être resté respectueux de la justice congolaise.
« Malgré la douleur, je suis resté respectueux à l’égard de la justice de mon pays, parce que je crois que cette justice saura dire le droit », a-t-il déclaré.
Sur la gestion du FRIVAO, Bolukola affirme que, dans les circonstances auxquelles l’établissement était confronté, sa priorité était de préserver ses intérêts.
« La préoccupation majeure était de sauvegarder l’intérêt social de l’établissement », a-t-il expliqué.
15 ans requis contre Bolukola et Mutamba
Le dernier mot de Bolukola est intervenu après le réquisitoire du ministère public. Le parquet a requis 15 ans de travaux forcés contre Chançard Bolukola et Constant Mutamba pour détournement de deniers publics.
Pour Bolukola, le ministère public a également demandé que l’infraction de blanchiment de capitaux soit retenue, avec une peine de cinq ans de servitude pénale principale assortie d’une amende. En application du principe de la peine unique, il a toutefois demandé que seule la peine de 15 ans soit finalement retenue.
Le parquet a notamment mis en cause plusieurs opérations effectuées durant la gestion de Bolukola, dont 14,299 millions de dollars versés à Congo Energy, 4 millions à l’ICCN, 200.000 dollars à l’Assemblée provinciale de la Tshopo, 1,024 million à Divo SARL et 715.864 dollars à Tropic Architecture. Le montant global des opérations contestées dépasse 20,2 millions de dollars.
De son côté, Bolukola a dit faire confiance à ses avocats et s’en remettre à la décision de la Cour. Il a invoqué le Psaume 72, demandant aux juges de faire preuve d’équité et de droiture.
« Plaise au ciel que cette sagesse anime votre conscience, votre vérité, votre équité, votre droiture lors de la prise des décisions », a-t-il plaidé.
Puis, dans sa dernière adresse, il a demandé aux juges de lui restituer ce qu’il estime avoir perdu au cours de cette procédure.
« Je remets mon intime conviction entre les mains de votre sagesse pour me rendre ma liberté, pour me rendre mon honneur, qui en ces jours est presque biaisé », a-t-il déclaré.
Une affaire autour de 325 millions USD
Le procès porte sur la gestion des 325 millions de dollars versés à la RDC au titre des réparations dues par l’Ouganda, après sa condamnation par la Cour internationale de Justice pour les dommages causés sur le territoire congolais.
Une partie de ces fonds devait servir à indemniser les victimes, notamment celles de la guerre des Six Jours à Kisangani. Leur gestion a donné lieu à plusieurs procédures judiciaires visant notamment Constant Mutamba et Chançard Bolukola.
Constitué partie civile, le FRIVAO réclame pour sa part 5 millions de dollars de dommages et intérêts aux deux prévenus ainsi que la restitution des sommes qu’il estime avoir été indûment décaissées.
Les débats étant clos, la Cour de cassation a pris l’affaire en délibéré. Le prononcé du verdict est attendu le 2 septembre prochain.
Ditsh










