Procès général Yav : les témoignages des agents de renseignements au cœur des débats

Le procès du lieutenant-général Philémon Yav Irung et de son co-prévenu Shauri Chibogo Issa est entré dans sa dernière phase avant les plaidoiries. La Haute Cour militaire a renvoyé l’affaire au 3 septembre prochain, après avoir entendu ce vendredi 14 août deux renseignants, tous anciens responsables des services de renseignements au Sud-Kivu et au Nord-Kivu.
Un dossier ouvert en décembre 2025
Le dossier impliquant le lieutenant-général Philémon Yav Irung et Shauri Chibogo Issa a été ouvert devant la Haute Cour militaire en décembre 2025. Ancien commandant de la 3e zone de défense des FARDC et ancien responsable des opérations au Nord-Kivu, Philémon Yav avait été arrêté le 19 septembre 2022 et placé en détention à Kinshasa.
Le ministère public lui reproche notamment, dans une autre procédure, d’avoir transmis à des officiers supérieurs des messages attribués à des personnes présentées comme proches de responsables liés au Rwanda et à l’AFC/M23. Selon l’accusation développée lors de l’ouverture de cette procédure, ces faits seraient constitutifs d’actes d’agression contre la République.
Dans le dossier actuellement examiné avec Shauri Chibogo Issa, les deux prévenus sont poursuivis pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel.
Selon le ministère public, le lieutenant-général Yav, alors commandant des opérations au Nord-Kivu, aurait entretenu des liens avec des forces présentées comme agresseurs de la RDC, notamment l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23.
Shauri Chibogo Issa est, quant à lui, présenté par l’accusation comme un ancien membre du M23 ayant notamment conduit des véhicules utilisés pour transporter des armes. Il aurait également fourni aux services de sécurité des informations mettant en cause le général Yav.
Shauri affirme avoir été recruté pour un « faux témoignage »
Le co-prévenu rejette toutefois l’ensemble de ces accusations. Lors des précédentes audiences et encore ce vendredi, il a affirmé avoir été recruté pour livrer un faux témoignage contre le lieutenant-général Yav, en échange notamment de la promesse de lui faire acheter une maison d’une valeur de 50.000 dollars américains à Goma ou à Bukavu.
C’est dans ce contexte que la Haute Cour militaire a entendu un ancien directeur provincial de l’ANR au Sud-Kivu, sur les circonstances de l’interpellation de Shauri Chibogo Issa à Nyange, dans le territoire de Fizi.
Le témoignage de Dodo Kwalezitome
Selon cet agent des Renseignements, les services de sécurité avaient été alertés par un habitant sur la présence de Shauri Chibogo Issa dans la cité. Lors de son audition, ce dernier aurait affirmé être un ancien membre du M23 ayant abandonné cette organisation.
Il aurait également déclaré avoir été chauffeur et avoir participé au transport d’armes et de munitions en provenance de Goma.
« J’étais chauffeur. Nous transportions des armes et des munitions en provenance de Goma. Je travaillais avec Jean-Marie Runiga, très connu au M23 », aurait-il déclaré, selon le témoin.
Interrogé sur la manière dont il avait réussi à franchir les différentes barrières sur son trajet entre Goma, Bukavu et Uvira, Shauri Chibogo Issa aurait cité le lieutenant-général Yav.
« Vous dites que vous quittez par voie routière en passant par Bukavu-Uvira. Comment parvenez-vous à franchir toutes ces barrières ? Il a répondu : Nous avions la protection du général Philémon Yav. C’est lui qui avait donné des ordres à toutes les barrières. Oui, général Yav de Kisangani, c’est lui qui avait consigné », a-t-il rapporté.
Le renseignant a également rapporté que Shauri Chibogo Issa avait proposé d’appeler Jean-Marie Runiga afin de confirmer ses déclarations. Selon son témoignage, un homme qui s’était présenté comme Runiga aurait promis 50.000 dollars américains aux agents.
Une autre version
La Haute Cour militaire a ensuite entendu un ancien Redoca/ OPS Nord-Kivu.
Son témoignage a apporté une autre version des informations détenues par les services de renseignement concernant Shauri Chibogo Issa.
« Je ne l’avais jamais vu à Goma, aucune fois. Le Redoc, je ne le connaissais pas. La première fois que je le vois, c’est à l’occasion de ce dossier lorsqu’il est venu déposer l’assignation de sa comparution. Je n’ai jamais entendu parler d’un général. On nous disait que Shauri était le transporteur de munitions. Il utilisait le véhicule du député Mwangachuchu », a-t-il déclaré.
Après le témoignage du Redoc, Shauri Chibogo Issa a insisté sur la relation qu’il entretenait avec cet ancien responsable des renseignements.
« Le Redoc Dodo, c’est mon chef. J’ai travaillé dans sa carrière de mines pendant 11 mois et je le connais depuis 2022 », a indiqué le prévenu.
Ces déclarations interviennent alors que Shauri affirme par ailleurs avoir été recruté pour produire un faux témoignage contre Yav.
Réagissant au témoignage, le lieutenant-général Philémon Yav Irung s’est dit « surpris et déshonoré ».
Son avocat, Me Parfait Kanyanga, a dénoncé des faits qu’il considère comme des « affabulations ».
« La défense du général Yav est surprise de constater que les faits mis à sa charge sont des affabulations et n’existent que dans la tête du ministère public. Nous vous invitons à plaider et à foudroyer. Nous avons des bombes pour le bombarder et l’anéantir. », a-t-il ajouté.
Le ministère public a, de son côté, maintenu la gravité des faits reprochés au lieutenant-général Yav, en réaction aux arguments de la défense.
« Nous avons transféré devant la Haute Cour militaire le prévenu lieutenant-général Yav pour des faits extrêmement graves, liés à la sécurité du pays », a soutenu le lieutenant-général magistrat Lucien-René Likulia.
Place aux plaidoiries
Après ces différents témoignages et les réactions des parties, la Haute Cour militaire a renvoyé la cause au 3 septembre prochain pour les plaidoiries.
Cette audience devra permettre aux parties de confronter leurs arguments sur les éléments recueillis au cours de l’instruction, alors que la défense continue de contester la matérialité des faits reprochés à ses clients.
Ditsh









