Virunga : les lions deviennent rares dans la plaine de la Rwindi

Les lions sont de moins en moins visibles sur les routes du Parc national des Virunga. Jadis, traverser la plaine de la Rwindi pouvait offrir aux voyageurs la chance d’apercevoir ces grands fauves. Aujourd’hui, ces rencontres sont devenues rares, voire presque inexistantes.
Mathias Lungalunga, étudiant à l’Université de Goma, se souvient encore de la seule fois où il a vu un lion. C’était lorsqu’il était enfant, au cours d’un voyage familial.
« J’avais 7 ans lorsque j’ai vu un lion dans la plaine de la Rwindi. Nous venions de Goma et nous voyagions en famille. C’était la première fois que je voyais un lion et, malheureusement, la dernière. Je suis repassé par ce chemin, mais je n’ai plus jamais revu de lion », raconte-t-il avec nostalgie.
Cette rencontre, pourtant brève, lui a laissé une impression particulière. Pour Mathias, le lion mérite pleinement sa réputation de fauve redoutable, notamment en raison de son allure imposante.
« C’est un animal vraiment impressionnant. Il est très costaud et imposant. Je m’attendais à voir un animal de la taille d’une chèvre, mais j’ai été effrayé lorsque j’ai découvert sa corpulence et son allure fière », ajoute-t-il.
Au-delà de l’image du prédateur, le lion occupe également une place dans certaines croyances populaires. Selon l’une d’elles, croiser un lion au cours d’un voyage est un signe de chance, voire de prospérité.
Joslyne Basoki dit tenir cette croyance de sa grand-mère.
« Ma grand-mère me disait que si l’on rencontre un lion sur son passage, cela porte bonheur. Si vous êtes commerçant et que vous avez des marchandises, rencontrer un lion signifie que vous allez rapidement écouler vos produits sans problème », confie-t-elle.
Mais derrière ces souvenirs et ces croyances se pose une question plus préoccupante : où sont passés les lions du Virunga ?
Pour le chef de travaux Thierry Bushashire, chercheur en agronomie animale, cette raréfaction complique également le travail scientifique consacré à ces espèces.
« En tant que scientifique, nous menons des études sur les animaux sauvages. Lorsqu’un animal peut être facilement observé, cela facilite énormément les recherches. Mais concernant les lions, nous avons aujourd’hui du mal à les étudier. Pour les observer, il faut se déplacer et mobiliser des moyens importants », explique-t-il.
Le chercheur s’inquiète particulièrement pour les générations futures, qui risquent de connaître le lion davantage à travers les livres, la télévision ou les dessins animés que dans son milieu naturel.
Pour lui, les conditions naturelles de la République démocratique du Congo restent pourtant favorables à la présence de cette espèce. Il évoque notamment l’importance de la sécurité et des efforts de conservation.
« Lorsque nous étions jeunes, nous avons vu des lions. Mais nos enfants risquent de ne les voir qu’à la télévision et dans les dessins animés. Pourtant, dans notre pays, la faune et les conditions climatiques permettent aux lions de vivre dans de bonnes conditions. Mais faute de bonnes méthodes de conservation et de sécurité, ces animaux s’éloignent davantage de l’homme », estime-t-il.
Dans un contexte marqué depuis plusieurs décennies par l’insécurité et le braconnage dans certaines zones du Nord-Kivu, la protection des espèces sauvages reste un défi majeur pour les gestionnaires des aires protégées et les chercheurs.
Pour Thierry Bushashire, la réponse passe notamment par davantage de recherches scientifiques afin de mieux comprendre les causes de cette raréfaction et d’identifier des solutions adaptées.
« En tant que scientifiques, nous avons aujourd’hui le devoir de mener des études et de mettre en place des stratégies pour que ces animaux puissent revenir dans nos parcs », plaide-t-il.
Selon les statistiques du Parc national des Virunga, la population de lions serait aujourd’hui estimée entre 30 et 50 individus, notamment dans la vallée de l’Ishasha. Cette population évolue dans un environnement confronté à de nombreux défis, parmi lesquels l’insécurité et le braconnage.
Chaque 10 août, la Journée mondiale du lion rappelle l’importance de préserver ce grand fauve, symbole de puissance et de majesté. Dans le Parc national des Virunga, la rareté de ses apparitions rappelle surtout une réalité : protéger le lion, c’est aussi préserver un patrimoine naturel que les générations futures pourraient ne connaître qu’en images.
Lucien Sebuke, depuis Goma











