RDC : quatre ans après sa création, l’Office national de la pêche et aquaculture toujours au point mort

En février 2022, le gouvernement de la République Démocratique du Congo adoptait le projet de décret portant création, organisation et fonctionnement de l’Office national de la pêche et de l’aquaculture (ONPA). L’établissement a finalement vu le jour en juin de la même afin d’intervenir «dans le système de production, de transformation, de conservation et de commercialisation des produits de pêche et d’aquaculture». Pour le gouvernement, l’ONPA devait devenir un instrument d’encadrement des acteurs de ces deux secteurs.
Quatre ans après, l’établissement est au point mort, demeurant quasiment une coquille vide. C’est le constat dressé par le Collectif des techniciens pêcheurs et aquaculteurs du Congo (CTPAC), qui appelle le président de la République, Félix Tshisekedi, à accélérer l’opérationnalisation de cet établissement public, présenté comme un levier essentiel pour la relance du secteur halieutique en République démocratique du Congo. Réuni à Kinkole, principal port de pêche de Kinshasa, le collectif rappelle que l’Office manque de tout. Sans siège, ni budget de fonctionnement, encore moins moyens nécessaires, l’ONPA n’a que des dirigeants nommés par ordonnance présidentielle.
« Le 7 mars 2021, le chef de l’État était avec nous à Kinkole. Il avait promis la création de l’ONPA. Nous avons salué cette décision, mais nous ne comprenons pas pourquoi, quatre ans plus tard, cet office n’est toujours pas opérationnel », s’interroge Pasteur Ali Eboma, président du CTPAC.
En même temps, le collectif tire également la sonnette d’alarme sur l’évolution du projet d’aménagement du port de Kinkole. Ses membres dénoncent le remplacement de l’appellation « Port des pêcheurs de Kinkole » par celle de « Port fluvial public », une décision qu’ils jugent préjudiciable à l’avenir des activités de pêche. Selon Ali Eboma, les travaux en cours distinguent pourtant deux espaces aux vocations différentes. Le premier correspond au débarcadère commercial destiné au débarquement, à la commercialisation et à la conservation des produits de pêche. Le second, explique-t-il, devait rester une zone technique consacrée au développement de l’aquaculture, notamment à l’installation de cages flottantes et aux activités d’élevage piscicole.
« Nous ne comprenons pas pourquoi cette zone stratégique est aujourd’hui assimilée à un port fluvial public. Le débarcadère répond déjà aux besoins commerciaux. La partie technique doit rester dédiée au développement de la pêche », plaide-t-il.
Pour le président du CTPAC, cette évolution intervient alors que la pêche artisanale de capture montre ses limites. Face à la baisse des ressources halieutiques, il estime que la RDC doit désormais investir davantage dans l’aquaculture afin de renforcer la sécurité alimentaire et répondre à la demande croissante en poissons.
Même son de cloche du côté d’Adelard Sokola, secrétaire général du collectif. Celui-ci considère que l’ONPA pourrait devenir un véritable outil de structuration du secteur, à condition d’être effectivement mis en fonctionnement. Il plaide également pour l’identification et l’enregistrement de l’ensemble des pêcheurs du pays afin de les fédérer au sein d’une même synergie professionnelle, capable de mieux défendre leurs intérêts et d’accompagner la modernisation de la filière.
Pour les acteurs du secteur, l’opérationnalisation de l’ONPA apparaît désormais comme une étape incontournable pour transformer les ambitions affichées par les pouvoirs publics en politiques concrètes en faveur de la pêche et de l’aquaculture en République démocratique du Congo.
Dieumerci Diaka











