Journée mondiale des serpents : à Goma, les experts appellent à mieux considérer cette espèce

Le 16 juillet de chaque année, le monde célèbre la Journée mondiale des serpents. Cette occasion vise à sensibiliser les communautés au rôle essentiel de cette espèce dans la biodiversité. Mal-aimés des êtres humains, les serpents se font de plus en plus rares à Goma, dans l’est de la RDC.
Face à ce phénomène, les experts appellent la population à comprendre que ces reptiles jouent un rôle important dans l’environnement et que leur disparition pourrait avoir des répercussions sur la santé publique.
Le quartier Katoyi, situé au centre de Goma, était jadis réputé pour ses nombreuses pierres volcaniques qui servaient d’abri aux serpents. Aujourd’hui, ces reptiles y sont de moins en moins visibles. Ce constat est partagé par Inès Mafuta, une habitante du quartier. Selon elle, les serpents étaient autrefois plus fréquents pendant la saison des pluies.
« Il y a quelques années, les serpents sortaient de leurs cachettes lorsqu’il pleuvait. Ils venaient se réfugier jusque dans nos habitations, où nous ne pouvions nous empêcher de les tuer », affirme-t-elle.
Pour Francis Onakudu, expert en agronomie animale, les serpents occupent une place essentielle dans l’équilibre des écosystèmes.« Les serpents sont le signe d’un environnement stable, car ils se nourrissent de petits mammifères, comme les souris, mais aussi de certains insectes », explique-t-il.
Comme de nombreux habitants de la ville volcanique, Inès est convaincue que le serpent représente le mal et qu’il faut l’éliminer à tout prix.
« La Bible est claire à ce sujet. Si tu ne le tues pas en premier, c’est lui qui te mordra », dit-elle.
Une croyance que ne partage pas Francis Onakudu. Selon lui, cette perception est entretenue par l’ignorance et le manque de connaissances sur une espèce de plus en plus victime de l’extermination.
« Face à l’homme, le serpent est souvent perçu comme une bête dangereuse qu’il faut rapidement tuer. Pourtant, lorsqu’on l’étudie, on se rend compte que c’est un animal généralement calme, qui craint beaucoup l’être humain et qui attaque rarement. Il peut toutefois mordre s’il se sent réellement menacé », souligne le chef de travaux Francis Onakudu.
L’expert rappelle que l’élimination des serpents n’est pas sans conséquence pour l’homme. Elle favorise notamment la prolifération de petits animaux susceptibles de transmettre des maladies.
« En tuant les serpents, nous augmentons les populations d’animaux qui constituent leurs proies. C’est pourquoi l’on observe aujourd’hui une multiplication anormale des souris dans les ménages. Certaines maladies, autrefois peu connues, commencent également à toucher l’homme, parce que les hôtes de ces microbes, jadis consommés par les serpents, ne le sont plus », explique-t-il.
Entre les croyances religieuses qui associent les serpents au diable ou à la sorcellerie et l’urbanisation rapide de la ville, qui détruit leurs habitats naturels, l’avenir de cette espèce apparaît de plus en plus menacé à Goma.
Lucien Sebuke, depuis Goma










