Guerre en RDC : FAC appelle au sursaut patriotique et au dialogue national face à la crise

Dans une déclaration politique rendue publique ce samedi à Kinshasa, Force d’Avenir du Congo (FAC) a appelé les Congolais à un « sursaut patriotique » face à la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Le parti soutient l’organisation d’un dialogue national inclusif, mais rejette toute démarche susceptible, selon lui, de consacrer politiquement les groupes armés et de compromettre la souveraineté nationale.
La situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo continue de susciter des prises de position au sein de la classe politique. Dernière réaction en date, celle de Force d’Avenir du Congo (FAC), dont le Bureau politique national s’est réuni, samedi 31 octobre 2026, pour examiner les récents développements politiques liés à la crise dans l’Est du pays et aux initiatives annoncées autour du dialogue national.
Au terme de cette réunion, la formation politique a rendu publique une déclaration intitulée « Debout Congolais : appel au sursaut patriotique », dans laquelle elle expose sa position sur trois questions majeures : le dialogue national annoncé par le président de la République, la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) par l’ancien chef de l’État et la démarche de médiation entreprise par les leaders de la Coalition Article 64 (C64).
FAC insiste sur la nécessité d’un dialogue véritablement inclusif
S’agissant du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État annoncé par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo dans son adresse à la Nation du 27 août 2026, FAC dit prendre acte de cette initiative présidentielle.
Pour cette formation politique, les divergences inhérentes à la démocratie ont été exacerbées par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Dans ce contexte, elle estime que le dialogue demeure le cadre privilégié pour réunir les communautés, les forces politiques et les différentes composantes sociales autour d’une solution pacifique à la crise.
Le parti appelle néanmoins à des mesures susceptibles de restaurer la confiance entre les acteurs politiques et de réduire les tensions internes. Il invite notamment le chef de l’État à prendre, dans les meilleurs délais, une ordonnance portant désignation des membres du comité préparatoire du dialogue, afin de permettre l’ouverture effective des consultations.
FAC précise toutefois que sa conception du dialogue repose sur des conditions qu’elle considère comme non négociables : le respect de la Constitution, des libertés publiques, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale.
La formation politique rejette ainsi toute formule qui, selon elle, permettrait à une occupation armée de devenir un moyen d’accéder aux responsabilités publiques ou de bénéficier d’une quelconque forme d’impunité.
La création du FRN vivement critiquée
Le deuxième volet de la déclaration porte sur la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), présenté par l’ancien président de la République comme une nouvelle initiative politique.
Sur cette question, FAC considère cette création comme un « non-événement », affirmant ne pas être surprise par cette évolution. Le parti établit un lien entre cette nouvelle structure et le mouvement rebelle AFC/M23, qu’il accuse de bénéficier du soutien du Rwanda.
Dans son analyse, FAC estime que cette reconfiguration politique viserait notamment à présenter la crise congolaise comme un conflit essentiellement interne, au risque, selon elle, d’atténuer la responsabilité extérieure dans l’agression dont la RDC se dit victime.
La formation politique considère également que la création du FRN ne constitue pas un signe d’adhésion au dialogue national proposé par le chef de l’État. Elle y voit plutôt une évolution susceptible de compliquer les efforts de désescalade et de fragiliser davantage la cohésion nationale.
Pour étayer son argumentaire, FAC rappelle une déclaration faite en mars 2025 par l’ancien chef de l’État lors d’un entretien accordé à un média belge, au cours duquel celui-ci aurait évoqué le risque de voir la RDC connaître un scénario comparable à celui du Soudan.
Pour FAC, cette référence éclaire sa lecture des développements actuels. Le parti redoute notamment une évolution qui conduirait à l’installation de structures parallèles exerçant des fonctions habituellement réservées aux institutions étatiques.
Face à cette situation, il estime que la réponse devrait passer par un renforcement de l’unité nationale et par la préservation de la dimension internationale de la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
La C64 appelée à clarifier sa position
La déclaration de FAC s’intéresse également à la Coalition Article 64, dont les responsables ont proposé, le 27 octobre dernier, une médiation pour contribuer à la résolution de la crise politique et sécuritaire.
FAC prend acte du rejet, par cette coalition, de la conquête du pouvoir par les armes ainsi que de son opposition au processus de changement de la Constitution.
Toutefois, le parti reproche à la C64 de ne pas avoir, selon lui, clairement désigné les acteurs qu’il considère comme responsables de l’entreprise armée dans l’Est du pays. Il estime qu’une condamnation générale de la violence ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas d’une dénonciation explicite du soutien présumé du Rwanda au mouvement rebelle et des responsabilités politiques soulevées par l’engagement de l’ancien président.
La formation politique exprime également ses réserves quant à toute démarche de rapprochement avec l’ancien chef de l’État qui ne serait pas précédée d’une clarification sur les responsabilités liées au conflit.
Pour FAC, le dialogue ne devrait en aucun cas conduire à placer sur un même pied d’égalité les institutions issues de l’ordre constitutionnel et les acteurs qui contestent cet ordre par la force.
Le parti estime par ailleurs que les discussions sur les échéances électorales de 2028 ne peuvent occulter les impératifs sécuritaires, notamment la protection des populations et le rétablissement de l’autorité de l’État sur les territoires affectés par le conflit.
Dans cette perspective, FAC exhorte les dirigeants de la C64 à adopter ce qu’elle qualifie d’opposition nationaliste, en exigeant notamment le retrait des forces rwandaises, le désengagement des groupes armés et la fin des administrations parallèles dans les zones sous occupation.
Elle considère que ces exigences devraient constituer des préalables à toute prétention de médiation dans la crise actuelle.
Un appel à l’unité et à la mobilisation nationale
Au-delà de ses prises de position sur les initiatives politiques en cours, FAC adresse un message à l’ensemble de la population congolaise.
Le parti présente la crise sécuritaire dans l’Est comme une menace qui dépasse les seuls enjeux militaires et territoriaux. Il évoque également les intérêts stratégiques liés aux ressources naturelles et aux minerais critiques, estimant que la situation met à l’épreuve la souveraineté et la capacité de la RDC à préserver son indépendance.
Dans son appel, la formation politique invite les Congolais à ne pas accepter que des arrangements politiques les contraignent à choisir entre la paix et la justice, ou entre les élections et l’intégrité territoriale.
Elle met particulièrement en garde contre toute neutralité face à ce qu’elle qualifie d’agression extérieure, considérant qu’une telle posture pourrait, selon elle, servir les intérêts de l’agresseur.
FAC exprime enfin sa solidarité aux populations meurtries du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Elle réaffirme également son soutien aux forces engagées dans la défense du territoire national ainsi qu’au président de la République, présenté dans la déclaration comme le garant des institutions démocratiques et légitimes.
« La souveraineté nationale ne se négocie pas »

En définitive, Force d’Avenir du Congo réaffirme son soutien à un dialogue national ouvert aux forces politiques et sociales engagées dans la voie pacifique et respectueuses de l’ordre constitutionnel.
Mais pour cette formation politique, aucune initiative de paix ne saurait justifier la banalisation de la violence armée, l’impunité ou la remise en cause de l’intégrité territoriale.
À travers cette déclaration, FAC entend ainsi placer la question de la souveraineté nationale au centre du débat politique, tout en appelant les différentes composantes de la société congolaise à privilégier l’unité face aux défis sécuritaires du moment.
Un message que le parti résume dans sa formule de conclusion : « La souveraineté nationale ne se négocie pas. »
Freddy Tendilonge











