Premier décès d’Ebola au Kenya : l’opposition pointe les failles du dépistage à l’aéroport

Justin Muturi, ancien procureur général et président du Parti démocrate, exige des réponses rapides du ministre de la Santé, Aden Duale, après l’annonce par le ministère de la Santé du premier cas confirmé d’Ebola au Kenya, qui s’est soldé par le décès du patient.
Muturi estime inexcusable que le pays puisse être pris au dépourvu alors qu’il se prépare depuis des mois à une éventuelle importation du virus.
« Le ministère a annoncé un renforcement de la surveillance aux frontières et des mesures de préparation ; Duale a déclaré au Parlement qu’une somme de 2,6 milliards de shillings était nécessaire pour faire face aux 100 premiers cas. Pourtant, un patient malade depuis environ un mois, traité en RDC et ayant transité par Kampala est arrivé à l’aéroport international Jomo Kenyatta (JKIA), a passé le contrôle sanitaire aéroportuaire et l’immigration avant d’être conduit directement à l’hôpital de Nairobi, où les médecins ont identifié le danger et effectué des tests », a-t-il déclaré.
L’ancien procureur général remet en cause l’efficacité réelle des dispositifs sanitaires.
« Si le système était prêt, pourquoi le dépistage à l’aéroport n’a-t-il pas déclenché d’évaluation approfondie ? La préparation ne se mesure pas à l’aune des conférences de presse et des annonces budgétaires ; elle doit s’évaluer en fonction de ce qui se passe lorsque le premier cas suspect arrive réellement », a-t-il déclaré.
Il met également en garde contre toute instrumentalisation de la crise sanitaire pour restreindre les libertés démocratiques. « Si Ebola nécessite des restrictions de déplacement ou de rassemblement, le gouvernement doit publier les preuves médicales, définir la portée géographique, fixer des délais clairs et appliquer les règles de manière égale au gouvernement et à l’opposition », a ajouté M. Muturi.
Un Kényan contaminé en RDC, mort à Nairobi
Le Kenya a confirmé mardi son tout premier cas d’Ebola : un citoyen kényan vivant en République démocratique du Congo (RDC) depuis sept ans. Selon le ministre Aden Duale, le patient, tombé malade il y a un mois et soigné dans plusieurs hôpitaux en RDC, est décédé lundi, quelques jours après son arrivée à Nairobi.
Duale a indiqué que l’homme avait d’abord voyagé par la route depuis la RDC jusqu’à Kampala, en Ouganda, avant d’embarquer samedi sur un vol à destination de Nairobi. À son arrivée à l’aéroport Jomo Kenyatta, il a été soumis au dépistage sanitaire habituel, puis transféré par un proche vers un hôpital de la capitale.
C’est à l’hôpital de Nairobi que le patient a été placé dans une unité d’isolement construite durant la pandémie de Covid-19.
Selon le ministre, il y a « présenté de la fièvre, des frissons, une fatigue et une faiblesse intenses, des douleurs à la déglutition, des douleurs musculaires ainsi que des saignements sous-cutanés ».
« Les médecins ont suspecté une fièvre hémorragique virale au vu de ses symptômes et de ses antécédents de voyage, et ont prélevé des échantillons pour analyse. L’échantillon s’est révélé positif au virus Ebola Bundibugyo », a précisé Duale.
Le défunt a été testé positif à la souche Bundibugyo, une variante relativement rare pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué. Quatre vaccins sont en cours de développement et des essais cliniques sur l’homme pour l’un d’entre eux devaient débuter en juillet.
Au moins 28 personnes ayant été en contact avec le patient membres de la famille et professionnels de santé ont déjà été identifiées. Les autorités sanitaires recherchent activement 23 autres passagers et quatre membres d’équipage ayant voyagé sur le même vol.
Le ministère de la Santé a exhorté les Kényans à « ne pas céder à la panique, car toutes les dispositions sont prises pour limiter la propagation de la maladie ». Il a demandé aux professionnels de santé de faire preuve d’une « vigilance accrue » et de « maintenir les mesures les plus strictes de prévention et de contrôle des infections, quelle que soit la pathologie traitée ».
Les obsèques du défunt sont prévues ce mardi, dans le respect des protocoles de sécurité sanitaire publique.
Cette confirmation intervient dans un contexte régional tendu. Plus de 4 000 personnes sont mortes d’Ebola en RDC cette année, lors de ce qui constitue la deuxième épidémie la plus meurtrière jamais enregistrée pour cette maladie. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 4 082 décès ont été recensés sur 8 463 cas, faisant de cette flambée la plus importante jamais observée en RDC, pays où le virus Ebola a été découvert pour la première fois.
Après que la RDC a déclaré l’épidémie en mai, des cas ont également été signalés en Ouganda, où deux personnes sont décédées. L’OMS a toutefois déclaré l’Ouganda exempt de la maladie en août. Depuis, tous les cas connus ont été enregistrés en RDC. Le virus se transmet par contact avec des fluides corporels infectés, tels que le sang ou les vomissures.
Correspondance depuis Kenya









