Goma : des arrestations et répressions policières signalées après l’élimination des Léopards

La défaite des Léopards de la RDC face à l’Angleterre en seizièmes de finale de la Coupe du monde a été marquée, à Goma, par une vague d’arrestations et d’interventions musclées des forces de l’ordre. Malgré l’interdiction des rassemblements publics imposée par les autorités de fait de l’AFC/M23 dans le cadre des mesures de prévention contre Ebola, de nombreux habitants ont tenté de suivre la rencontre dans des bars et terrasses de la ville.
Le coup d’envoi du match a été donné à 18 heures, heure de Goma. Dans plusieurs quartiers, notamment à Katindo, certains établissements ont préféré se conformer aux directives des autorités. Devant la boîte de nuit Métro, le vigile invitait les clients à rebrousser chemin.
« Nous avons reçu l’ordre de ne recevoir personne ce soir. S’il vous plaît, rentrez suivre le match à la maison », répétait-il d’une voix calme.
Depuis le début de la soirée, des policiers étaient déployés à plusieurs carrefours de la ville afin d’empêcher tout attroupement. Au quartier Himbi, une dizaine de jeunes ont été arrêtés alors qu’ils suivaient la rencontre dans la boîte de nuit La Virunga.
Paul, un jeune d’une vingtaine d’années, affirme avoir échappé de justesse à cette opération.
« Ils nous ont vraiment gâché ce match. J’étais sorti acheter des forfaits internet lorsqu’ils sont arrivés », raconte-t-il.
À ces tensions se sont ajoutées les coupures récurrentes d’électricité qui touchent plusieurs quartiers de Goma depuis quelques jours.
« La SNEL nous prive régulièrement de courant. J’ai été obligé de parcourir une longue distance pour trouver un endroit où suivre la fin du match », ajoute Paul, habitant de Himbi.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, le quartier Himbi a été le plus durement touché par les interventions policières.
Sur l’avenue Présidentielle, communément appelée « Rue de la bière », des jeunes ont été violemment dispersés.
« Des jeeps remplies de policiers sont arrivées alors que des jeunes regardaient le match. Plusieurs ont été battus avant d’être arrêtés. J’ai vraiment eu pitié de leur sort », témoigne Noah, un taximan présent au moment des faits.
À l’ouest de la ville, dans le quartier Lac Vert, d’autres habitants affirment avoir également été dispersés.
« Nous attendions simplement un bus pour rentrer à la maison lorsqu’ils nous ont ordonné de quitter les lieux », affirme Bahati.
Alors que l’élimination des Léopards plonge de nombreux Congolais dans la déception, certains Gomatraciens y voient un signe de vie qui a épargné des affrontements plus graves.
« Heureusement que nous avons perdu. Beaucoup voulaient célébrer malgré les restrictions. Dieu nous a peut-être épargné le pire », estime Josué.
À ce jour, aucun cas d’Ebola n’a été enregistré à Goma. Depuis la fin du mois de mai, les autorités ont toutefois renforcé les mesures de prévention aux différents points d’entrée de la ville. La frontière avec Gisenyi, au Rwanda, demeure fermée, tout comme la route reliant les territoires du nord de la province contrôlés par l’armée régulière.
La rédaction










