Pourquoi le poisson frais coûte-t-il plus cher que le poisson importé ? Un pêcheur de Kinkole livre ses vérités

Sur les étals des marchés de la capitale, le constat est le même : le poisson frais issu de la pêche artisanale est souvent vendu plus cher que les poissons importés, notamment les chinchards. Une situation qui pousse de nombreux consommateurs à s’interroger sur les raisons de cet écart de prix.

Pour comprendre cette réalité, Authentic360 est allé à la rencontre de Badjoko Asimbo Godé, pêcheur artisanal basé à Kinkole, dans la commune de la N’Sele. Fort de près de quarante ans d’expérience, il explique que le coût élevé des intrants de pêche, l’absence d’un appui de l’État et le prix du matériel sont les principaux facteurs qui renchérissent le poisson frais.
« Nous achetons tout à des prix très élevés »
Interrogé sur les raisons de cette différence de prix, le pêcheur estime que les difficultés commencent bien avant la capture du poisson.
« Ici, dans notre pays, le gouvernement ne met pas à notre disposition des moyens précis, notamment des intrants de pêche. Il n’y a pas d’endroit où les pêcheurs peuvent aller acheter du matériel de pêche à des prix abordables. Ceux qui vendent ce matériel nous le proposent à des prix très élevés. C’est la raison pour laquelle nous sommes également obligés de vendre nos produits plus chers », explique-t-il.

Un équipement qui représente plusieurs centaines de dollars
Pour exercer leur métier, les pêcheurs doivent investir des sommes importantes dans leur matériel.
« Normalement, pour monter un engin de pêche, nous utilisons différents instruments. Nous avons les nappes de filets, les ralingues, les flotteurs, les bobines de nylon, ainsi que plusieurs autres matériels. Tous ces instruments nous coûtent très cher. Par exemple, une nappe de filet coûte au moins 10 dollars. Or, pour monter un engin de pêche, il nous faut entre 50 et 60 nappes de filets, voire plus. Si vous prenez les flotteurs, pour monter un engin de pêche de 1 200 mètres, je dois avoir au moins 150 à 200 flotteurs. Les ralingues coûtent également très cher. Sans oublier la pirogue, dont le prix n’est pas inférieur à 500 dollars », détaille-t-il.
Aucun prix officiel
Concernant les prix pratiqués à la vente, Badjoko Asimbo Godé précise qu’aucune grille tarifaire n’existe entre les pêcheurs et les femmes mareyeuses.
« Non, il n’existe pas de tarif précis. Chaque pêcheur vend ses poissons au prix qu’il fixe, et les mamans mareyeuses les revendent également à leurs propres prix », affirme-t-il.
Un appel au gouvernement
Pour rendre le poisson frais plus accessible aux ménages congolais, le pêcheur appelle les autorités à soutenir davantage la filière artisanale.
« Le gouvernement doit s’occuper des pêcheurs. Il doit mettre à notre disposition des endroits ou des magasins spécialisés où l’on peut acheter les intrants de pêche à des prix abordables. Aujourd’hui, les pêcheurs sont abandonnés », plaide-t-il.
Pour ce pêcheur de Kinkole, la baisse du prix du poisson frais passe avant tout par une réduction du coût des intrants et un accompagnement concret des pêcheurs artisanaux, afin qu’ils puissent produire à moindre coût et approvisionner les marchés à des prix plus accessibles.
Jevic Ebondo











